Sur quel thon il faut le dire ?
Comme promis, nous ne lâchons pas l'affaire sur le front de la protection des réserves halieutiques. En effet, le 14 octobre dernier, à la surprise générale, l'Espagne, principal pays pêcheur de thon rouge de Méditerranée, et le Japon, un de ses principaux clients à l'export, décident de se ranger aux cotés des ONG et de nombres de pays pour décider de fermer la pêche au thon rouge en Méditerranée tant la situation semble alarmante. Pour information, en 2007, 60 000 tonnes avaient officiellement pêchées alors que les quotas avaient été fixé à 29 500 tonnes. Non, c'est pas une blague, les quotas, c'est pas fait pour être respectés. Et, on ne parle ici que de chiffres officiels. Maintenant, la balle est dans le camp de l'Italie et de la France, en espérant les voir suivre rapidement la position ibérico-nippone et décider d'un véritable moratoire visant à suspendre complètement la pêche au thon rouge pendant deux à trois ans. Ca suffirait à stabiliser l'espèce d'après de nombreux spécialistes. On peut rêver ! Mais, le grand écart du tandem Sarko-Barnier, soutenant la politique de quotas à Bruxelles et venant jouer les défenseurs des petits pêcheurs sur les ports français, ne semble pas remis en cause pour l'instant. La voix de la France ne s'est pas fait entendre pour l'instant sur ce dossier. Il faut dire que notre hyper-président est occupé à sauver le monde de la crise financière. Alors, le thon !?
En attendant que les chefs (d'état) se bougent vraiment sur ce dossier, on a encore du travail pour convaincre les chefs (de cuisine) de travailler d'autres espèces et de retirer thon et cabillaud de leur carte, en suivant l'excellent exemple monégasque (sur la consommation de poissons pas sur la finance !) : la principauté a demandé aux restaurateurs de ne plus proposer de thon à leurs clients. Suivi d'effets ... bravo et merci Albert !
Pour vous informer, n'hésitez pas à consulter les sites cités dans l'article ci-dessous, ainsi que le site de Nausicaa, Centre National de la Mer de Boulogne sur Mer, qui dresse une liste des poissons de saisons.
Article du 21 mai 2008.
Y en a marre du greenwashing ... avec tout ce vent, il y aurait de quoi faire tourner les éoliennes à donf pendant des lustres ! A tout seigneur, tout honneur, Borloo et sa révolution verte, qui tente de faire croire à tous que l'esprit du Grenelle de l'environnement souffle encore, et qui laisse passer une loi qui permettra de cultiver des OGM partout même dans les régions d'AOC. Sans parler de toutes ces grosses entreprises qui nous balancent des pubs plus vertes les unes que les autres, ces médias qui ont tous leurs émissions ou leurs cahiers Spécial Environnement, ces sondés unanimes dont la préoccupation n°1 est sauver la planète ... c'est super ... depuis le temps qu'on attendait cette prise de conscience verte. Pourtant, il ne se passe pas grand chose de concret. Les 4x4 ne se sont jamais aussi bien vendus et surtout, pour ce qui nous concerne, on a jamais vu autant de bars à sushis vendant du thon rouge à tout va, ni de recettes de cabillaud dans des magazines qui nous balancent sans complexe un joli complet éditorial sur l'épuisement des ressources marines.

Concrètement, on fait quoi pour maintenir les
réserves halieutiques ? On compte sur nos politiques
pour prendre enfin des mesures courageuses et des
moyens de les faire respecter ? Non, on sait que ça
marche pas, même avec une Nathalie Kosciusko-Morizet
qui rue dans les brancards des vieux roublards qui
nous enfument sur les OGM. On compte sur la
régulation du marché ? Ca marche moyennement aussi.
Tant qu'il y a de l'argent à gagner, il y aura des
gens sans scrupule pour contourner lois et quotas.
Sauf si ... sauf si se sont les consommateurs qui
réagissent et adoptent des comportements en phase
avec leurs intentions vertueuses. Comme disait
Coluche, à peu de choses près (je n'ai pas mon
dictionnaire des citations sous le coude) : "il
suffirait de pas en acheter pour que ça ne se vende
pas".
Donc à nous de jouer, allons-y ! Ensemble, tout
devient possible ! Osons ! Osons dire à ce
poissonnier que son thon rouge, il est très beau et
très alléchant, mais qu'il faut arrêter d'en vendre
ou en tout cas, pas à nous. Osons dire à ce
sympathique restaurateur que son cabillaud de
l'Atlantique-Nord, il est très bien cuisiné mais que
ça gâche le plaisir de penser que c'est un des
derniers de l'espèce.

Ceci dit, il ne suffit pas
d'énoncer des principes et de prendre de grandes
résolutions pour que ça marche car le sujet n'est pas
simple. Le cabillaud par exemple ... épuisé en
Atlantique-Nord, il est encore présent et disponible
dans le Pacifique. Le thon ... c'est pareil. Rouge :
pas bon ; germon de ligne du Golfe de Gascogne : miam
miam. Alors pour nous aider, pauvres consommateurs ou
pauvres restaurateurs un peu paumés ... quelques
pistes :
Se fier aux
labels, mais
attention car eux prolifèrent, contrairement aux
espèces qu'ils sont censés protèger. Souvent, ils
sont créés par les enseignes de la grande
distribution ou l'industrie agro-alimentaire qui
deviennent juge et partie. Et dans la majorité des
cas, les critères écologiques ne sont pas à la
hauteur des exigences du Code de Conduite pour une
Pêche Responsable édicté par la FAO (organisation de
l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture). Le seul
qui fasse l'unanimité est le MSC (Marine Stewardship
Council). Il est géré par un organisme indépendant et
repose sur la certification des pêcheries sur la base
de trois critères principaux : un stock de poissons
suffisant pour assurer la viabilité de la pêcherie,
l'impact des pratiques de la pêcherie sur son milieu,
une gestion maîtrisée de la pêcherie. Ainsi,
le MSC vise aussi bien les élevages
dont il garantit la qualité, que la pêche de
poissons sauvages. La démarche est planétaire et
de nombreuses pêcheries sont certifiées aux quatre
coins du monde : Asie Pacifique, Alaska, Afrique
du Sud, Atlantique Nord ... seuls les pêcheurs de
l'Europe du Sud : Espagne, Italie et France ne
sont pas sensibles à cette démarche qui est
pourtant la seule qui assure leur survie à terme.
Mais, il semble plus facile à leurs yeux de
contester la politique de quotas, de bloquer les
ports et d'applaudir un Sarko sans complexe, comme
toujours, qui n'hésite pas entre le Grenelle et
les municipales à leur emboîter le pas, et à
remettre en cause la politique européenne de la
pêche. Gageons que ça ait sauvé quelques
municipalités UMP dans les zones de pêche, et
attendons de le voir enfiler le costume de
Président de l'Europe, en juin, pour le voir de
nouveau changer d'avis sur le sujet. D'ailleurs
sans attendre, il a sous-traité le dossier à ce
pauvre Barnier, qui rame et remonte le vent mais
garde le cap sur les quotas ... pour l'instant !
Remettre en cause
quelques idées toutes faites sur la
pisciculture.
C'est vrai qu'elle a longtemps souffert d'une image
désastreuse tant au niveau de la qualité des produits
qu'au niveau de son impact catastrophique sur
l'environnement. Mais, globalement la filière évolue
dans le bon sens. Les exploitants de fermes aquacoles
ont compris que le marché de demain était basé sur la
qualité et que le respect de l'environnement faisait
vendre. Pour vous en convaincre, un clic sur
www.lapisciculture.com.
S'informer pour
consommer et cuisiner intelligent. Premier niveau : internet qui
fourmille de sites qu'on espère fiables, à commencer
par celui du WWF, pour ceux qui ont envie de
creuser la question, ou plus directement utile au
consommateur éco-responsable comme
www.pourunepechedurable.fr
et son petit guide
référençant les espèces menacées ou pas
(indispensable et à télécharger
ici), emboîtant ainsi le pas de
Greenpeace qui avait lancé dès 2006 son
guide "Et ta mer, tu y penses
?" diffusé à 200 000 exemplaires.
Deuxième niveau : interrogez votre poissonnier ou
le restaurateur chez qui vous dînez sur la nature
exact des espèces qu'il commercialise, leur
provenance et leur impact environnemental. Faites
l'exercice, c'est édifiant. C'est souvent dans
cette information finale au consommateur que ça
pêche ! (je sais, il est facile mais c'est pas une
raison pour s'en priver).
Alors, pour ceux qui nous font le plaisir de nous
lire mais qui ne cliqueront pas sur ces liens voici
une petite liste de poissons à consommer sans
modération : bar de ligne (Gascogne et Manche),
cabillaud du Pacifique, maquereau (Atlantique
Nord-Est), lieu jaune de ligne (Gascogne et Manche),
huîtres de France, thon germon de ligne (Gascogne)
... et bien d'autres tout aussi bons.
Et, une fois n'est pas coutume sur ce blog ... une
petite recette :
Thon germon de
ligne à la vanille :
Ingrédients pour 4 personnes :
1 tranche épaisse de thon germon d'environ 700 g
1 belle gousse de vanille
2 échalottes
1 litre de crème liquide
Huile d'olive
Sel, poivre noir du moulin
Dans une casserole, faire revenir les échalotes
finement émincées dans l'huile d'olive.
Ajouter la crème liquide. Ouvrer la gousse de vanille
en deux et gratter les grains pour les ajouter à la
crème avec la gousse. Saler et poivrer. Porter une
fois à ébullition, puis baisser, et porter une
seconde fois à ébullition. Laisser infuser à feu
doux.
Pendant ce temps, faire revenir dans une sauteuse la
tranche de thon sur ces 2 faces. Saler et poivrer.
Servir la tranche de thon germon tranchée et nappée
de crème à la vanille, et accompagner de riz basmati
(profitons-en avant qu'il devienne aussi une espèce
protégée).
Ceci dit, bon courage pour trouver du thon germon de
ligne ... c'est tout le drame ! Mais, si vous y
arrivé, bon appétit.

