La cuisine de Fatima : pastilla et briouats
C'est notre dernier jour de cuisine
avec Fatima, et une fois n'est pas coutume, on
retrouve Suleya pour faire les courses. Fatima étant
retenu à Dar Dounia. Le rendez-vous a lieu place
Djama el fna, en bas de l'Arganier, et en fin de
matinée car aujourd'hui, on a beaucoup de travail, en
ce jour béni où pastilla, briouats et sfàa sont au
programme des réjouissances. On commence par la pâte
à ouarka, ingrédient indispensable pour la pastilla
et les briouats. On se rend chez un des meilleurs
pâtissiers de Marrakech pour l'acheter fraîche. Ah La
pâte à ouarka fraîche ! C'est du caviar comparé à la
feuille de brick que nous trouvons dans nos
superettes. Elle est fine tout en étant résistante,
de grande taille, bien grasse et élastique. Rien à
voir avec nos pauvres feuilles sous plastique.

Après cette première étape,
direction le souk à volaille pour acheter nos oeufs
et notre poulet. Situé de l'autre coté de la place,
cet endroit vaut le coup d'oeil. C'est une petite
place entourée de boutiques de volailles de toutes
plumes : poulets, pigeons, cailles, canards, mais
aussi, des lapins et des canadiennes d'oeufs à n'en
plus finir. On y croise plus de locaux affairés que
de touristes traînant les babouches, contrairement
aux souks artisanaux à deux pas de là. Un tel endroit
mérite bien une photo ! Nous dégainons notre Canon
modèle grand reporter, et mettons en joue la
sympathique échoppe baptisé "La caille de l'Atlas",
quand le vendeur, moins sympathique, commence à lever
le point en notre direction, rejoint par quelques
barbus en djelabas pas plus accueillants. On remballe
l'appareil, et on tente de calmer notre petit monde
en tentant d'expliquer à nos amis que nos intentions
sont pacifiques. Mais, c'est peine perdue ....
ceux-là sont butés comme des mules de l'Atlas.
Après avoir remplis notre cabas, d'un poulet,
d'amandes, d'oignons, de raisins et de quelques
épices, nous reprenons la direction de la place
Moukef à travers les souks. Arrivés place des Epices,
nous quittons Suleya pour faire une halte "thé à la
menthe" au célèbre Café des Epices. C'est l'endroit
tendance pour boire un verre en journée dans la
médina. Le petit bar branchouille par excellence
fréquenté par la jeunesse dorée de Marrakech et par
les nombreux européens installés ici, même Djamel
Debbouze et sa belle Melissa viennent y poser leurs
augustes fessiers lors de lors séjour marocain ...
c'est dire si c'est tendance. Le cadre est assez
sympa, et tout à fait adapté à un moment de farniente
autour d'un thé. Pour y manger, ça peut le faire
aussi, mais c'est une cuisine sur le pouce un peu
aseptisée et aux tarifs européens. Nous décidons donc
de pousser un peu plus loin la balade pour aller
déjeuner de la vraie street food marrakchie. On
trouve un peu partout des petits restos prêts à nous
régaler pour quelques dirhams : tagines du jour,
poissons frits, brochettes, keftas rognons, omelettes
bien améliorées à déguster tel quel ou en sandwich
dans les petits pains berbères. Lors de nos balades,
nous avions repéré un bon spot. Coincée entre le
musée de Marrakech, la Medersa et les souks se trouve
une ruelle regorgeant de ces petites échoppes. On
mange sur le pouce et dans l'ambiance avant de
prendre la direction du riad Opéra, un petit sac de
pâtisseries à la main à déguster au bord du bassin
d'eau fraîche. Mais avant de sombrer dans la sieste,
nous prenons la direction de la maison de Suleya pour
notre atelier Pastilla & co.

A notre arrivée, Fatima est déjà en
train de s'affairer. Nous la rejoignons et commençons
par confectionner les briouats. On émiette 500 g de
boeuf haché avec beaucoup, beaucoup d'oignons, une
tonne de persil et nos épices devenues familières :
coriandre, cumin, gingembre, sel et poivre. Après
quelques minutes dans la poêle, on ajoute huit oeufs,
et on laisse cuire à découvert pour bien assécher la
farce. Pendant de ce temps là, on coupe des bandes de
pâte à ouarka. Une fois la farce cuite, on en dispose
un petit tas d'un coté, et on roule en formant un
triangle. Le plus dur c'est la première, après on
roule tout seul ! Le secret de Fatima est de bien
serrer à chaque tour. Puis, on replie bien le dernier
bord en le collant avec de l'oeuf pour éviter que nos
beaux briouats n'éclatent à la cuisson, laquelle se
fait en friture. Et avant de servir, on peut les
parsemer de fleur de sel, c'est pas très marocain
mais c'est super bon et de cumin.

On passe ensuite à la pastilla qui
demande un peu plus de temps et de doigté. On
commence par faire cuire le poulet avec les aromates
: cumin, safran, gingembre, sel, poivre, oignons,
coriandre. Une fois cuit, on le coupe en petit
morceaux, et on le remet à cuire avec une dizaine
d'oeufs. Il faut également bien dessécher la farce,
sinon la pastilla sera trop humide, et donc moins
croustillante.cParallèlement on fait frire des
amandes émondées et entières. Une fois bien colorées,
on les mélange à du sucre et direction le hachoir
pour obtenir une pâte d'amandes à laquelle on rajoute
de la canelle et du beurre.
Dans un moule rond, on dispose trois feuilles de
ouarka en quinconce, puis une qui vient les
recouvrir. On dispose la farce de poulet puis les
amandes. On dispose une nouvelle feuille par dessus,
avec du beurre, et on replie les trois premières
feuilles en les collant avec de l'oeuf avant d'en
rajouter une petite dernière par dessus avec un peu
de beurre ! Voilà, c'est prêt pour la cuisson. Mais,
à Marrakech, la tradition c'est d'aller cuire sa
pastilla dans le four du boulanger. Elle n'en est que
meilleur. Quelques minutes de marche et vingt à
trente minutes de cuisson et on rentre au riad. Juste
avant de déguster, on parsemera de canelle et de
sucre glace, avec modération au risque de ne sentir
que que cela.

On termine nos préparatifs du jour
avec le sfàa. C'est un plat qui nous fait
généralement office de dessert, mais au maroc il
s'agit un plat unique, même si il est sucré. On a
connu ce dessert au mariage d'Anouk et Willem, il y a
3 ans, et depuis on révaient que Fatima nous en
refasse. On atteint donc le nirvana avec du
vermicelle cuit à la vapeur, comme la semoule, auquel
on additionne des raisins secs, de canelle et de
sucre glace. Cela peut paraitre étrange mais c'est
vraiment bon... peu digeste, on vous l'accorde, mais
vraiment bon.
Voilà, après une après-midi de travail, tout est
enfin prêt. Et ce soir, chez Suleya, c'est fête. Au
Maroc, la pastilla est le plat festif par excellence.
Et, ils sont tous là pour en profiter : Omar, fidèle
au poste, Mohamed, un peu plus sobre que la veille et
toujours aussi bavard, et le troisième frère, un
tailleur de pierre qui, jusque là, avait passé son
temps à dormir dans une pièce sombre, et que la
pastilla a tiré de sa tanière. Une bonne compagnie
pour passer une dernière soirée avec eux. Après les
derniers au revoirs de circonstances, Omar nous
raccompagne une dernière fois au riad Opéra...avec
des briouats sous le coude. On les ramène à Paris
pour les finir !
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