Pot-au-feu : le petit bonheur de l'hiver
Novembre, on y est ... le mois
maudit ... la novembrite qui frappe ... que faire ?
Une cure de foie de morue, pour retrouver un semblant
de vitalité ? Une once de gelée royale chaque matin,
pour un poil de tonus ? Ou cultiver les quelques
petits bonheurs de l'hiver : une balade en forêt un
des rares jours de soleil et avant que la nuit tombe
à cinq heures, une bonne chute de neige pour une
journée ensoleillée de ski en poudreuse, les tests
matchs d'automne puis le Tournoi des VI Nations, un
feu de cheminée et un bon pot-au-feu ! Il y en a
peut-être d'autres, mais ce sont les seules que nous
connaissions.

Concernant le pot-au-feu, il y a
matière à débat tant ce plat ancestrale est sujet à
controverse. Chacun a sa recette, issue de traditions
régionales, de transmission familiale et de goût
personnel. Une chose est certaine, la base de cette
recette ne date pas d'hier. Le principe fondateur du
pot-au-feu, le dénominateur commun à toutes les
recettes consiste à faire cuire viandes et légumes
dans un grand volume d'eau. Le guide référent du CAP
de cuisine parle de cuisson par expansion et de
viandes pochées, alors que le chimiste des cuisiniers
Hervé Thys parle lui de cuisson par décoction ...
déjà sur les termes, il y a débat alors qu'on parle
de la même chose. Ce principe de cuisson remonte,
selon les historiens de l'alimentation, au XII°
siècle avec l'apparition d'un pot en terre utilisé
pour cuire les aliments et allant sur le feu. Avant,
on mangeait cru ou grillé. Autre point historique
faisant l'objet d'un quasi consensus, le pot-au-feu
dans sa version connue aujourd'hui, n'est pas un plat
populaire du quotidien mais un plat de fête pour les
plus pauvres ou un plat du dimanche pour les
bourgeois. D'où, la volonté du bon roi Henri IV à
l'aube du XVII° siècle, de populariser la
poule-au-pot dominicale (version économique et
volaillière du plus ruineux pot-au-feu). A partir de
là, tout diverge en fonction des régions et des
habitudes de chaque cuisinière, chacun revendiquant
pourtant la version originelle du vrai pot-au-feu.
Certains vont jusqu'à considérer le pot-au-feu comme
un terme générique désignant une soupe à base de
chair animale et de légumes, et du coup, la potée
lorraine ou sa cousine auvergnate, la garbure du
sud-ouest, mais aussi la bouillabaisse marseillaise,
et les moins célèbres kig ha farz du Finistère ou
brejaude limousine font partie de cette grande
famille. Mais, restons sur la définition étroite du
pot-au-feu, et partons de la recette de référence ...
celle du CAP de cuisine. Pour les viandes, c'est 100%
pur boeuf en privilégiant les morceaux gras et
gélatineux : jumeau, gîte-gîte, macreuse, plat de
côtes, queue de boeuf et os à moelle. Pour les
légumes, on retrouve les classiques du genre :
carottes, navets, panais, poireaux, céleri rave et
pomme de terre, ainsi qu'une belle garniture
aromatique : oignons clouté à la girofle, poireaux,
céleri branche, bouquet garni et ail. Pour la
cuisson, on commence par blanchir les os à moelle,
puis, on les place dans un grand volume d'eau froide
auquel on ajoute, à ébullition, les viandes au fur et
à mesure en fonction de leur temps de cuisson et la
garniture aromatique, puis après 3 ou 4 heures d'une
cuisson lente, faite de petits "bloup-bloup", on y
plonge les légumes.

A partir de cette base, les
interprétations sont nombreuses. Certains choisissent
d'autres viandes : du paleron, de la joue ou du
jarret de boeuf, du jarret ou du tendron de veau, une
poule, parfois farcie, du jambon de Bayonne, de
l'échine de porc, des saucisses ... mais là, on tend
vers la potée. Pour d'autres, pas de pot-au-feu sans
choux. On a même trouvé des recettes qui rejettent
les os à moelle car ils troublent le bouillon. Pour
nous, ils restent un des éléments incontournables de
ce plat. Ils donnent du goût au bouillon, à la viande
et aux légumes. Et en plus, ils finissent en tartine
de moelle avec un peu de fleur de sel. Et ça, on peut
pas s'en passer. Autre principe de notre pot-au-feu,
la variété. Non à la recette de la grand-mère gravée
dans le marbre, oui à l'inspiration, à l'envie du
moment et à l'état du portefeuille. Une poule, c'est
moins cher qu'un jarret de veau. Et, coté légumes,
pourquoi pas des rutabagas ?

Ceci dit, on a quand même deux ou
trois habitudes auxquelles on ne déroge pas. Comme
retirer les os à moelle en début de cuisson et les
rajouter en fin de cuisson ou les passer au four
avant de servir. Ca évite que la moelle ne coagule
trop après des heures de cuisson et perde sa saveur
et son bon gras qui vous tapisse le palais. Autre
petite habitude bien ancrée, faire griller l'oignon
coupé en deux avant de le mettre dans le bouillon, ça
donne un excellent goût au bouillon et ça le colore
un peu.
Enfin, au moment du service, on propose toujours à
nos convives, outre les habituels condiments :
cornichons, moutarde, pickles ou raifort, de napper
leur assiette d'une sauce ravigote : huile d'olive,
vinaigre de vin, câpres, cornichons, échalotes
ciselés, oeufs durs broyés, moutarde à l'ancienne,
ciboulette, persil. C'est une merveille et ça relève
un peu cette recette certes fondante et réconfortante
mais parfois un peu plate.

Dernier avantage du pot-au-feu,
c'est qu'en général, il y a des restes et qu'on peut
faire plein de choses avec. Un reste de bouillon, et
voilà une poule au pot pour le lendemain ou un
bouillon aux vermicelles pour le dimanche soir. Un
reste de viande, on le hache pour un délicieux hachis
parmentier, des légumes farcis ou les croquettes de
viandes de la grand-mère (hacher la viande avec de
l'oeuf, de la chapelure, de l'ail et du persil et
faire rissoler à la poêle. Et si il reste de tout, le
pot-au-feu se réchauffe très bien et peut aussi finir
en gelée dans une terrine avec ces légumes ...
Pour finir ce billet, tordons le cou à une idée toute
faite sur le pot-au-feu. Il serait l'emblème,
l'étendard de la cuisine française ... pas si sûr si
l'on va voir ailleurs, à commencer par le pot-au-feu
ibérique, cocido espagnol ou cozido portugais, dont
nous parlerons bientôt ici, le temps pour nous d'un
petit voyage à Madrid.

